La carte
Si vous êtes arrivé(e) jusqu’ici, c’est que vous êtes l’heureux(se) détenteur(trice) d’une carte illustrée de la Lozère ! Mais aussi, que vous avez eu la curiosité de scanner le petit QR code qui s’y cachait. Et pour tout ça… bravo ! Dans les lignes qui suivent, nous allons explorer votre carte en long, en large et en travers, à la recherche des petits et grands bonheurs, anecdotes et autres secrets 😏 qui font notre quotidien en Lozère. Alors, ouvrez grand vos mirettes… et en avant !
Pour que notre balade soit claire comme de l’eau de roche, et si possible agréable, on va procéder par catégorie : la nature d’un côté, la gastronomie de l’autre, les activités économiques et les loisirs encore après. Sur le papier, ça fait sens, c’est bien carré, bien organisé : parfait ! Mais à l’heure de rédiger cette légende, croyez-nous sur parole que ce n’est pas aussi facile… Car dans les faits, tout est interconnecté ! Chaque élément de la carte interagit avec ses voisins, son territoire, son histoire. L’abeille, c’est un animal, jusque-là on est bien d’accord. On a même notre espèce locale : l’abeille noire ! Mais l’abeille, c’est aussi du patrimoine, les fameux ruchers-troncs des Cévennes ! Une activité économique, aussi : saviez-vous à ce titre l’ESAT « Le Prieuré » à Laval-Atger est un des leaders français de la fabrication de ruches ? Puis bien sûr il y a le miel, du plus doux au plus corsé, de l’acacia au châtaignier en passant par le framboisier, la ronce, le sapin, la bruyère, le sainfoin, et j’en passe et des meilleurs ! Bref, vous l’aurez compris, notre organisation millimétrée se heurte à la réalité de la vie en Lozère, et c’est très bien ainsi ! On compte donc sur vous pour nous pardonner si l’on vous embarque parfois dans des sentiers détournés…
La nature par essence
Elle saute aux yeux dès qu’on les pose sur la carte, elle est partout, en toile de fond comme en personnage principal : la nature. C’est la caractéristique qui met tout le monde d’accord, l’identité de notre département. D’ailleurs par ici, on parle souvent en régions naturelles : Aubrac au nord-ouest, Margeride au nord-est, Vallée du Lot en plein milieu, Gorges (du Tarn et de la Jonte) et Causses (de Sauveterre et Méjean) au sud-ouest, Cévennes et Mont-Lozère au sud-est ! Des forêts aux rivières, en passant par les lacs et sommets, on la tutoie dès que l’on sort le bout de notre nez. Avez-vous notamment repéré la route des lacs, ou D52, un itinéraire ô combien photogénique qui nous transporte parmi 4 lacs glaciaires et tout un réseau de rivières argentées ? Et le plus haut sommet de Lozère, d’où l’on peut apercevoir les Alpes et la mer, au terme d’une ascension bornée par des montjoies ? Et son voisin, le Cassini, nommé après les 5 (!) générations de Cassini qui ont méthodiquement cartographié la France ? Il ne vous aura pas échappé que notre département tire son nom de son massif le plus élevé. Mais saviez-vous qu’il abrite aussi une part généreuse du plus grand massif granitique d’Europe ? (la Margeride NDLR) Et que tous les cours d’eau qui le traversent y prennent leur source, lui valant son surnom de « Pays des sources » ? Et on ne parle pas de bébés rivières, hein, mais du Tarn, des Gardons, de l’Allier, ou encore du Lot, la 2ème plus longue rivière à être entièrement située dans les frontières hexagonales !
La nature, c’est aussi des petites fleurs à foison, orchis sauvages sur les Causses, bruyères mordorées sur le Bougès et genêts flamboyants en Margeride. Ou encore, narcisses odorants sur l’Aubrac. Eh oui, on dit bien « un narcisse », et même qu’ils sont méticuleusement cueillis au printemps pour rejoindre les plus grandes maisons de parfum de Grasse, tandis que d’autres plantes (primevère, ortie, achillée millefeuille, pied de chat, serpolet…) sont amoureusement cultivées ou cueillies avec parcimonie dans leur milieu naturel, puis transformées à domicile en une large gamme de cosmétiques (et gourmandises !) – l’alambic, en bas à droite, c’est pour elles ! Le Sabot de Vénus, lui, ne se distille pas. Semblant tout droit sortie d’un dessin animé, avec ses pétales brun rouge encadrant un godillot jaune rondelet, cette orchidée est TRÈS protégée. Notamment au titre du Parc national des Cévennes. Pourtant, nous direz-vous, le Sabot n’est pas représenté dans les Cévennes ! 🤔 Bien vu ! C’est que le Parc national s’étend bien au-delà des vallées cévenoles… Et en parlant de Cévennes, c’est aussi le nom d’un astéroïde. Oui oui. Car par ici on a un ciel si pur, qu’on peut admirer la Voie lactée à l’œil nu. Même qu’on a la plus grande Réserve internationale de ciel étoilé d’Europe !
Et puis, il y a les lieux où la nature s’est prise pour un artiste. Elle a pris son pinceau, et dessiné les contours de paysages fantastiques. Voyons du côté du Causse Méjean : le coin ressemblait déjà à la lointaine Mongolie, mais ça ne lui a pas suffi. Il a fallu qu’il s’arroge le Chaos de Nîmes-le-Vieux. Un décor lunaire, des blocs de calcaire qui tiennent on-ne-sait-comment, des sculptures minérales qui viennent titiller l’imagination de quiconque les contemple. Plus au nord, dans le Parc naturel régional de l’Aubrac, on retrouve la Cascade du Déroc et sa grotte tapissée d’orgues basaltiques. Une véritable cassure du plateau, un tableau aussi beau au cœur de l’été que dans le givre de l’hiver. Retour au sud pour plus de cavités aux proportions XXL : l’Aven Armand dans lequel on pourrait caser la Cathédrale Notre-Dame-de-Paris et la Grotte de Dargilan qui arbore la plus grande draperie au monde (rien que ça). Et que dire des Bondons, duo de mamelons que la légende attribue à un certain Gargantua, dont les bottes boueuses auraient « malencontreusement » engendré ces collines de marne ? Une vraie carte postale ! (et c’est encore sans compter sa ribambelle de menhirs… mais ça, on en parlera après !)
Car avant ça, il y a la faune, un chapitre-clé de notre histoire, des animaux de la ferme aux espèces sauvages, dont certaines nous viennent de très très loin. Les chevaux de Przewalski, par exemple. Derniers chevaux sauvages au monde, originaires des steppes d’Asie centrale, ils ont trouvé sur le Méjean un cadre idéal à leur préservation (on vous avait bien dit que le Méjean ressemble à s’y méprendre à la Mongolie 😉). Les vautours sont eux bien d’ici, mais ils ont fait l’objet d’un vaste programme de réintroduction à partir des années 1980. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat est là : quelques 800 couples de vautours fauves nichent désormais dans les Gorges et planent au-dessus de nos têtes… Saisissant ! Côté forêts, un autre spectacle se répète chaque année. Le brame du cerf. Entre chien et loup, les têtes couronnées donnent de la voix pour espérer séduire leur dulcinée. Un moment suspendu, inoubliable. Et puis il y a les vaches, les chèvres, les brebis, pour un total de 150 000 bovins et 176 000 ovins. Bien plus que les 76 000 Lozériens (qui soit dit en passant pourraient tous s’asseoir dans le Stade de France… et encore il resterait de la place pour vous !). On leur doit moult délices, mais aussi des fêtes colorées : les transhumances. Courant mai ou juin, tout ce beau monde grimpe sur les estives, à grands renforts de fleurs, sonnailles et pompons, et au son de l’accordéon. Un moment fédérateur, un rendez-vous attendu des petits comme des grands !







C’est meilleur quand c’est bon
Et que mange-t-on pendant la transhumance… roulement de tambour… de l’aligot, bien sûr ! C’est LA star de la gastronomie lozérienne (bon ok, on le partage avec nos voisins aveyronnais et cantaliens !). Une spécialité roborative à base de pommes de terre, de tome fraîche et de crème, le tout relevé (ou pas) d’une pointe d’ail, qui nous arrive des hauts plateaux de l’Aubrac. Une spécialité dont on se délecte volontiers après une sortie raquettes, mais qui était traditionnellement un plat… d’été. Eh oui, c’est sur les estives, bien à l’abri des épais murs de leurs burons (les jolies bâtisses qui émaillent encore les pâturages), que les vachers/fromagers confectionnaient leur tome, dont une fraction tombait directement dans la marmite de l’aligot ! (toute analogie avec un célèbre héros de bande-dessinée serait purement fortuite) Initialement, l’aligot contenait du pain en lieu et place des patates, mais une mauvaise récolte de blé a conduit les habitants à revoir leur recette. Aujourd’hui, l’aligot continue de se réinventer, et s’invite jusqu’aux bancs de l’école hôtelière de St-Chély-d’Apcher, régulièrement primée, et à la table de Cyril Attrazic, dont la blouse arbore fièrement deux étoiles au guide Michelin. Miam !
Trêve de marmites, allons faire un tour du côté des soupières. Avez-vous noté celle qui flotte près de Florac ? Elle est encore fumante et couronnée d’une longueur de fanions ! Et pour cause, Florac, c’est la capitale de la soupe ! L’automne venu, on se balade dans ses ruelles, bolinette autour du cou, à la recherche de son précieux breuvage… Ici, ce sont les habitants qui mettent la main à la pâte, pour notre plus grand régal ! Les cuisinières à bois envahissent le centre-bourg, chacune dégageant un délicieux fumet. Et quand le cuisinier en déclame le contenu par le menu, c’est que c’est prêt : plus qu’à déguster ! Autre incontournable du calendrier gourmand : la Foire de la St-Michel à Meyrueis. C’est quand ? Vers la St-Michel, pardi ! On y mange quoi ? Un peu de tout ! Des dizaines de producteurs de l’Aigoual, des Cévennes et des Causses font le déplacement pour ce grand rassemblement de la bonne bouffe, dont la première édition remonterait à 1229 (gloups !). Même le très horrifique Gargantua n’était pas né à cette époque, mais il a tout de même laissé son empreinte sur la Lozère (et pas seulement avec ses bottes boueuses) : à Langogne, on trouve ainsi un char à l’effigie du géant, qui « recrache » tous les majeurs de l’année. Mais aussi et surtout, une (très sérieuse) Confrérie du manouls de Gargantua…
Et que serait enfin la gastronomie lozérienne sans sa panoplie de produits locaux, des délicieux fruizélégumes qui s’épanouissent dans nos potagers, aux framboises, mûres, myrtilles et cynorrhodons (gratte-culs pour les intimes !) des bords de sentiers, jusqu’aux champignons de nos forêts ? D’ailleurs, on a représenté les cèpes et autres girolles quelque part en Margeride, mais ne vous y méprenez pas : ils ne sont pas là ! Enfin, pas seulement là ! Les coins à champis, c’est sacré. Top secret ! Ça se mérite et se transmet jalousement (ou pas !) au sein des foyers… Ainsi, si un(e) Lozérien(ne) vous partage sa boletière, vous pouvez être certain(e) qu’il va bientôt demander votre main 🤭 Vous n’aurez pas à chercher bien loin pour le menu de noces : un plateau de fromages aux mille saveurs et 5 AOP (vous pouvez les réciter ? Non ? Allez, on révise ! Côté vache, on retrouve les Bleu d’Auvergne, Bleu des Causses et Laguiole. Côté brebis, le célèbre Roquefort, certes transformé en Aveyron, mais dont le lait peut tout aussi bien provenir de Lozère. Et enfin, côté chèvre, le Pélardon bien rond, l’or blanc des Cévennes !) et une petite infusion de thé d’Aubrac (ou Calament à grandes fleurs, la fameuse plante violette en haut à gauche) pour faire glisser le tout. Re-miam !



Une pierre, une histoire – repeat !
L’histoire ne nous dit pas si les Romains buvaient du thé, mais ce qui est certain, c’est qu’ils se délectaient de nos fromages. Pline le Jeune himself (« lui-même » en pas latin) fait écho dans ses écrits au succès des fromages des Gabales auprès de la bonne société de Rome. Et les Gabales, c’est qui ? Nos ancêtres, pardi ! Un peuple gaulois dont la capitale se situait en lieu et place de l’actuelle Javols. D’ailleurs, c’est au musée de Javols que vous pourrez admirer Sylvain-Sucellus, le beau gosse aux cheveux bouclés, tout de grès rouge vêtu, que vous avez très certainement repéré. 😉 Enfin, sa statue, celle d’un dieu gaulois, qui fut taillée à l’époque romaine – vous suivez ? Parce qu’on n’en a pas fini de voyager dans le temps… C’est en effet à l’époque néolithique, soit grosso modo 3000 ans avant notre ère, que le Petit Poucet est passé vers les Bondons (ça en fait du beau monde dans le coin !)… Comment sinon expliquer la présence de 154 menhirs sur à peine 10 km2, soit la 2ème concentration mégalithique de France après Carnac ? Plus sérieusement, nos aïeuls ont dû redoubler d’ingéniosité et de courage pour tracter, sur plusieurs kilomètres, des blocs de granit de plusieurs tonnes et les ériger là. Sur un sol calcaire. À plus de 1100 m d’altitude. Une véritable prouesse dont les tenants et les aboutissants restent encore enveloppés d’un voile de mystère…
Plus près de notre ère, on a déjà évoqué les burons aux épais murs de pierre. À l’apogée de leur utilisation, il y en aurait eu environ 300, posés sur leur plateau – pas mal ! Mais ce n’est encore qu’un petit bout de l’empreinte laissée par des générations de bâtisseurs, qui ont travaillé ici le granit, là le calcaire, là encore le schiste. Voyez ce muret en cours de confection dans les Cévennes : c’est l’école de la pierre sèche qui s’entraîne ! Un savoir-faire qui a depuis bien longtemps dépassé les frontières lozériennes et françaises. Plus à l’ouest, v’là le calcaire, avec Sainte-Énimie en invité de marque : un de nos plus beaux villages de France, bercé par le Tarn, surplombé par l’ermitage de la fameuse princesse mérovingienne (Énimie, au cas où vous n’auriez pas la réf’). On aperçoit aussi une cazelle, construite par quelque berger pour veiller sur son troupeau. Elle jouxte une lavogne, une petite dépression (ou doline) du Causse, aménagée par l’Homme pour collecter l’eau de pluie. Car à l’inverse du reste de la Lozère, l’eau est rare sur les Causses (ou du moins, elle s’infiltre très profondément), alors il a fallu ruser… Travailler main dans la main avec la nature, pour façonner ses paysages, les habiter. Un héritage précieux, vivant – et reconnu au titre du Patrimoine Mondial de l’Humanité.
Cela commence à en faire des labels, et ce n’est pas encore fini… Car tout à l’est, surplombant le Canyon du Chassezac, se trouvele village fortifié de La Garde-Guérin, qui fut peuplé des vaillants et intrépides Chevaliers-pariers. Bim, +1 « plus beau village » ! Et tout au nooord, vous apercevez Le Malzieu-Ville, avec ses hauts remparts et sa Tour de l’Horloge. Bim, encore +1 ! En plein milieu de la carte, vous n’avez pas pu manquer Mende, et sa cathédrale classée Monuments Historiques, surprenante à plusieurs titres. Déjà, sa taille, démesurée par rapport à celle de la ville. Ensuite, son style gothique (le seul édifice à l’être pleinement en Lozère !). Encore, ses clochers dépareillés (84 et 65 m !), ousa cloche, fondue lors des Guerres de Religion, que l’on entendait paraît-il sonner à 10 lieues à la ronde… Le tout érigé à l’initiative d’Urbain V, un Pape… lozérien ! Plus modeste mais non moins spécifique à notre département, un clocher de tourmente pointe le bout de sa croix. Au nombre de 5, ils sonnaient à tout va par temps de brouillard pour guider les villageois vers le bercail. Des GPS avant l’heure ! Les bateliers, eux, n’ont pas besoin de plan pour se déplacer : leur présence est attestée dans les Gorges du Tarn dès le VIème siècle ! Eh oui, jusqu’en 1906, il n’y avait pas de route par là-bas, alors on se déplaçait… au fil de l’eau. Une tradition qui perdure pour notre plus grand bonheur et celui de quelques 30 000 vacanciers par an.






Où l’on parle boulot (mais pas métro)
Naviguons à présent en eaux calmes vers de nouveaux horizons… professionnels ! En remontant le Tarn sur quelques encablures, nous arrivons à l’entrée de Florac, capitale de la soupe, on l’a vu, mais aussi du denim. Le fameux « denim » a voyagé « de Nîmes » jusqu’aux Cévennes par la voie ferrée – ou du moins par le chantier du CéFéDé (chemin de fer désormais voie verte). C’est en effet pour habiller les ouvriers que la famille Tuffery se lança dans la confection de jeans. C’était en 1892. Quatre générations plus tard, Atelier Tuffery est le plus ancien tailleur de jeans « made in France » encore en activité. Fleuron de l’artisanat lozérien, Atelier Tuffery réinvente des modèles intemporels avec des matières responsables et locales, telles que la laine ou le chanvre. Et ça marche ! La fabrique tourne à plein régime et a même intégré le cercle très fermé des « Entreprises du Patrimoine Vivant ». Dans un autre registre, à St-Chély-d’Apcher, l’usine ArcelorMittal déploie elle-aussi ses savoir-faire depuis plus de 100 ans. On y produit de l’acier électrique, un matériau haut-de-gamme sans lequel nos véhicules hybrides ou électriques seraient bien en peine. Non loin, une autre boîte produit des pièces pour l’industrie aéronautique. Mais le petit planeur que vous apercevez, lui, vient raconter une toute autre histoire… celle de De Funès et Bourvil, qui décollèrent de l’aérodrome de Mende à la fin du film culte « La Grande Vadrouille ». N°1 du box-office français pendant plus de 30 ans : rien que ça !
Mais revenons-en à notre sujet, ou devrait-on dire à nos moutons, car l’industrie lozérienne, c’est aussi… du fromage ! Saviez-vous d’ailleurs à ce titre que la fromagerie du Massegros est la plus grande laiterie au monde (oui oui, vous avez bien lu !) pour le lait de brebis ? Un lait que l’on doit à nos agriculteurs, une autre activité économique majeure de notre département – qui nous régale aussi de génisse Fleur d’Aubrac, d’agneau ELOVEL, de châtaigne des Cévennes et bien d’autres délices élevés et cultivés avec amour… Restons au grand air avec l’activité forestière, et plus largement tous les métiers autour du bois, qui ne pouvaient que prospérer dans un département couvert à 42% de pins, hêtres et autres châtaigniers. Matériau noble, on le retrouve jusque dans les tiers-lieux, où il côtoie bien d’autres activités : qui pour télétravailler à côté du menuisier ? Car en Lozère, on a la fibre de bois, mais aussi la fibre optique ! Même qu’on fut le premier département de montagne à être entièrement fibré : pas mal, non ? Cela ne nous empêche pas d’être avant tout et surtout connectés à notre environnement – un amour des grands espaces que l’on partage chaque année avec les nombreux vacanciers qui nous rendent visite et séjournent dans nos campings, hôtels et autres gîtes, totalisant plus de 5 millions de nuitées ! Ouais, faut croire qu’on n’est pas les seuls à trouver que c’est pas trop moche par ici ! 😁
Mais trêve de vacances : revenons-en au boulot (mais certainement pas au « métro/boulot/dodo », très peu pour nous ce trio effréné !). Car on n’a pas encore abordé le poids-lourd de l’emploi lozérien, LE leader incontesté, le number one… J’ai nommé : le médico-social ! Avec 20% de nos jobs, entre MAS, EANM, EHPAD, IEM et autres LVA, le médico-social pèse dans le game, et pas qu’un peu ! Ici, on prend soin, des personnes âgées, des enfants et adultes en situation de handicap, des personnes fragiles. Et ça ne date pas d’hier. Les premiers établissements ont vu le jour dès le milieu des années 1950, autour de Marvejols. À cette époque, il était plus commun d’essayer de cacher les personnes jugées « anormales » que de vouloir concourir à leur épanouissement – mais c’était sans compter l’esprit visionnaire et le dévouement d’une poignée d’ecclésiastique et médecins, dont le psychiatre François Tosquelles alors réfugié à St-Alban-sur-Limagnole. Pionnière, la Lozère a inspiré -et continue d’inspirer- de nombreux autres territoires. Ses équipes expérimentées et ses infrastructures de haut vol lui ont même valu d’accueillir des athlètes handisport pour leur préparation olympique ! Équipe française de para-tennis, sprinteurs botswanais ou encore « sauteur en longueur » chypriote : tous sont passés par Montrodat !





Aux sources du temps libre
Vous n’avez pas Bac+12 en saut en longueur ? Nous non plus. Mais cela ne nous empêche pas de faire du sport, et pas qu’un peu. Faut dire que la Lozère s’y prête, et pas qu’un peu. Peu ou prou tous les sports outdoor peuvent y être pratiqués, et dans des conditions juste « waouh ». Les cyclistes du Tour de France ne s’y sont pas trompés, usant régulièrement leur gomme sur la Montée de la Croix-Neuve, à Mende. Celle-ci a d’ailleurs été renommée « Montée Jalabert » suite à la victoire du célèbre coureur français à son sommet… c’était le 14 juillet 1995 ! Coureurs, mais à pied cette fois-ci, avec le légendaire Marvejols-Mende. Un semi-marathon de 22.4 km et 650 m de D+, qui fut le premier à être ouvert aux femmes et aux non-licenciés. Cocorico ! Elle, dit plutôt « hi han » : vous n’avez pas pu rater Modestine, la fidèle comparse de Robert Louis Stevenson ! En 1878, l’écrivain écossais se lança dans un périple de plus de 200 km, qui lui fit traverser la Lozère de haut en bas. Un déplacement motivé par aucune obligation, aucune contrainte. Une « balade » pour le simple plaisir de marcher (enfin, un petit peu aussi pour oublier un chagrin d’amour, sa chère et tendre Fanny Osbourne étant retournée auprès de son mari, aux States…), et à ce titre la première rando des temps modernes ! Une aventure qui continue d’inspirer les randonneurs, nombreux à marcher sur ses pas, avant ou après avoir arpenté le mythique Chemin de Compostelle, à quelques encablures plus à l’ouest…
Vous avez encore de l’énergie à revendre après avoir lu ce paragraphe (et tous ceux qui le précèdent !) ? Ça tombe bien, car on n’en a pas fini ! Aux 4 coins de la Lozère, ce ne sont pas moins de 1000 voies d’escalade (et 6 via ferratas en libre accès) qui partent à l’assaut des falaises. Les plus motivés pourront par exemple se confronter au Vase de Sèvres, avec ses vertigineux dévers et ses vautours majestueux. Inoubliable ! Autre décor emblématique : le Cirque des Baumes et ses cotations du 4 au 8c+. Gloups ! Un décor qui se découvre aussi depuis la quiétude d’un canoë, l’activité phare des Gorges du Tarn ! Celle qui nous transporte au fil de villages tous plus beaux les uns que les autres, certains accessibles uniquement à pied (ou en canoë !), d’autres semi-troglodytes ou bordés de vignes en terrasses (eh oui, on produit du vin en Lozère !). Le tout sur 50 km de descente, tout juste troublés par le bien mal nommé Pas de Soucy :un énorme chaos que la légende attribue au combat qui opposa Énimie et le Drac… On n’oublie pas la pêche (saviez-vous à ce titre que Charpal est le plus grand lac de pêche no-kill de France ?), ni le kitesurf qui profite de conditions favorables de vent sur le Lac de Naussac, notre mer intérieure de 1000 hectares. Mais v’là le retour de l’hiver, les premiers flocons. Eh oui, en Lozère, on a des saisons bien marquées, et chacune amène avec elle son lot de belles surprises et de nouvelles activités ! Alors on chausse les skis, raquettes et autres luges (ça se chausse ??), et à nous les étendues immaculées du Mont-Lo ou de l’Aubrac. Le pied !
On arrive doucement mais sûrement à la fin de cette carte, de notre journée, aussi. Mais essuyez donc cette larmichette que l’on voit perler au coin de votre œil. Car après l’effort, le réconfort ! On se prélasse dans les bains bouillonnants de nos stations thermales, La Chaldette et ses traits épurés que l’on doit au talentueux architecte Jean-Michel Wilmotte, ou la bien nommée Bagnols-les-Bains, déjà connue à l’époque des Romains (encore eux !). À moins qu’on ne préfère la morsure d’une baignade en rivière ou la douceur d’un plouf en lac. Ou encore, le fun des 4 toboggans géants de l’espace aquatique de St-Chély : testés et approuvés par les petits et grands enfants ! Des enfants qui profitent aussi d’un nombre incalculable d’aires de jeux, toutes plus originales les unes que les autres : ici une tour d’observation, là un mini-accrobranche, là-encore un filet perché dans les arbres. Le plus difficile sera de les en décrocher… sauf à leur faire miroiter un autre type de toile : le Cinéco ! Vous vous êtes sans doute demandés pourquoi nous avons représenté un cinéma sur notre carte. Ben, c’est pour lui : un cinéma sur roues, qui s’invite dans des dizaines de communes du sud Lozère, et parfois même en plein air. C’est tout en simplicité, tout en convivialité : tout ce qu’on aime ! Et que dire des fêtes votives et autres festivals qui rythment nos années et animent nos contrées ? On ne pouvait pas en mettre partout, mais les petites notes de musique, c’est pour elles, pour eux. Pour nous.






Mais mais mais…
… On a oublié quelque chose ! Un détail peut-être pour la carte, mais un sacré gros morceau de l’histoire locale ! Avez-vous deviné de qui il s’agit ?? La réponse est sous vos yeux. Et au bas de cette page. Ne trichez pas, Elle vous a à l’œil… 😏
Alors, vous avez trouvé ???



La Bête du Gévaudan, pardi ! On parle quand même d’un monstre qui a fait couler beaucoup de sang… et d’encre. Du 30 juin 1764 au 19 juin 1767, la tristement célèbre bête aurait fait quelques 88 à 124 victimes entre le nord de la Lozère et le sud de la Haute-Loire. Majoritairement des enfants et des jeunes femmes, alors préposés à la garde des troupeaux – une activité censée être safe… mais qui soudainement ne l’était plus du tout ! Les troupes royales furent appelées en renfort (leur QG était d’ailleurs au Château de la Baume, notre petit Versailles lozérien !), un loup fut tué… mais les attaques reprirent de plus belle peu après. Il n’en fallait pas plus pour qu’une certaine psychose se développe, et que des rumeurs naissent et se diffusent. Châtiment divin pour les uns, tueur en série pour les autres, loup-garou, loup normal ou meute de loups pour d’autres encore – ou peut-être une hyène ? Un autre animal fut bien abattu le fameux 19 juin, mettant fin à cette période funeste. Mais sommairement empaillée, la dépouille serait arrivée en piteux état à la Cour du Roi. Genre ça puait grave, alors le souverain ne s’y serait pas intéressé plus que ça…
De sorte que, plus de 250 ans plus tard, le mystère reste entier et continue de faire les beaux jours des cinéastes, auteurs, dramaturges et autres concepteurs de jeux vidéo… Mais c’est encore bien en (re)venant vous promener dans notre belle Lozère, et enquêter au fil des nombreuses statues qui arborent les traits de la Bête (libre à vous de les dénombrer… nous on n’en est jamais arrivés à bout !), que vous pourrez vous forger votre propre avis sur la question ! On tient toutefois à vous mettre en garde : si aucune bête ne vous guette au tournant (non non, pas même dans ce sombre bosquet !), d’aucuns avant vous ne sont jamais repartis, « victimes » d’un envoûtement dont notre département a le secret. Philtre d’amour ? Potion magique ? Ensorcellement ? Nul ne le sait ! Mais 2, 5, 11 ou 30 ans plus tard, ils vivent encore là. Et à voir leurs sourires, leur dynamisme, leur joie communicative, il faut croire qu’ils le… vivent bien ! À bon entendeur…
